On reçoit souvent la même question sur le terrain : faut-il créer sa micro-entreprise avant de s’inscrire sur Uber Eats, ou existe-t-il un moyen de livrer sans ce statut ? La réponse courte : Uber Eats exige un statut d’indépendant pour activer un compte coursier. Pas de numéro SIRET, pas de première course. Le statut auto-entrepreneur (micro-entreprise) est le choix par défaut de la quasi-totalité des livreurs, mais ce n’est pas la seule option légale.
Livrer sans micro-entreprise : ce que la plateforme accepte réellement
Uber Eats ne vérifie pas que vous êtes spécifiquement auto-entrepreneur. Ce qu’elle demande, c’est un justificatif d’activité professionnelle : un extrait Kbis ou un avis de situation SIRENE. Concrètement, trois formes juridiques permettent de remplir cette condition :
- La micro-entreprise (auto-entrepreneur), qui reste le parcours le plus rapide : déclaration en ligne, SIRET obtenu sous quelques jours, obligations comptables minimales.
- L’entreprise individuelle classique (EI au régime réel), qui impose une comptabilité complète mais permet de déduire les charges réelles (entretien du vélo, téléphone, assurance).
- Une société unipersonnelle (SASU ou EURL), rarement choisie pour de la livraison seule, mais pertinente si on cumule plusieurs activités ou si le chiffre d’affaires dépasse les plafonds de la micro-entreprise.
Dans les faits, on estime que la grande majorité des coursiers actifs sur la plateforme utilisent le régime micro-entrepreneur. Les autres statuts n’apportent un avantage réel que dans des situations précises qu’on détaille plus bas.

Cotisations et TVA en micro-entreprise : le calcul que peu de livreurs font avant de se lancer
Le régime micro-entrepreneur séduit par sa simplicité. On déclare son chiffre d’affaires chaque mois ou chaque trimestre, et les cotisations sociales sont calculées en pourcentage direct de ce chiffre d’affaires. Pour une activité de livraison (prestation de services commerciale), le taux de cotisations tourne autour de 21,1 % du CA encaissé.
Le piège fréquent : ce taux s’applique au chiffre d’affaires brut, pas au bénéfice. Si on roule en scooter avec des frais d’essence, d’assurance et d’entretien conséquents, les charges réelles ne sont pas déductibles en micro-entreprise. Un livreur à vélo, dont les frais sont faibles, y trouve son compte. Un livreur motorisé qui cumule plein, assurance deux-roues et réparations peut se retrouver à payer des cotisations sur un CA dont la moitié part en frais.
Côté TVA, la micro-entreprise bénéficie d’une franchise en base de TVA tant que le chiffre d’affaires reste sous le seuil légal. On ne facture pas la TVA, mais on ne la récupère pas non plus sur ses achats. Pour un coursier à vélo, c’est neutre. Pour quelqu’un qui achète un scooter ou investit dans du matériel, la question mérite d’être posée.
Quand le régime réel devient plus rentable
Si vos frais professionnels dépassent l’abattement forfaitaire appliqué en micro-entreprise (50 % pour les prestations de services BIC), passer au régime réel permet de déduire chaque dépense réelle. L’abattement de 50 % est généreux sur le papier, mais un livreur en scooter dont les frais représentent 60 % ou plus de son CA paiera moins d’impôt au réel.
Les retours varient sur ce point : certains livreurs motorisés préfèrent rester en micro pour la simplicité administrative, quitte à payer un peu plus. D’autres basculent au réel dès la deuxième année d’activité, après avoir mesuré leurs frais réels.
Directive européenne 2024 et présomption de salariat : ce qui change pour les coursiers Uber Eats
Une directive européenne publiée au Journal officiel de l’UE le 11 novembre 2024 introduit une présomption de salariat pour les travailleurs de plateformes. Dès qu’une plateforme exerce un contrôle assimilable à celui d’un employeur (fixation des prix, organisation du travail par algorithme, possibilité de sanctions), le travailleur est présumé salarié.
La France doit transposer cette directive au plus tard le 2 décembre 2026. Concrètement, cela signifie que le modèle actuel, où chaque livreur est micro-entrepreneur indépendant, pourrait être remis en cause à moyen terme.
Pour un livreur qui démarre aujourd’hui, ça ne change rien dans l’immédiat : la micro-entreprise reste le statut opérationnel. En revanche, anticiper un éventuel passage au salariat permet de relativiser l’investissement dans du matériel coûteux ou dans la création d’une société dédiée à la livraison.
Revenu minimum horaire garanti : une protection partielle
Depuis 2025-2026, un revenu minimum horaire de l’ordre de 19 euros par heure a été instauré pour les livreurs de plateformes de repas en France, dont Uber Eats. Cette garantie ne couvre que le temps d’activité réelle, c’est-à-dire le temps entre l’acceptation d’une course et la livraison effective.
Le temps d’attente entre deux commandes, lui, n’est pas rémunéré. Un livreur connecté pendant quatre heures mais actif sur des courses pendant deux heures ne touche le minimum garanti que sur ces deux heures. C’est un point à intégrer dans son calcul de rentabilité horaire avant de choisir entre activité principale et complément de revenus.

Créer son statut auto-entrepreneur pour Uber Eats : les démarches concrètes
La création du statut se fait en ligne sur le guichet unique de l’INPI (formalites.entreprises.gouv.fr). On déclare une activité de coursier ou de livraison de marchandises, avec le code APE correspondant à l’activité de course urbaine.
- Remplir le formulaire de création de micro-entreprise en ligne (compter une vingtaine de minutes).
- Recevoir son numéro SIRET, généralement sous quelques jours ouvrés.
- Créer son compte Uber Eats en fournissant le SIRET, une pièce d’identité valide et, pour les livreurs motorisés, les documents liés au véhicule (carte grise, assurance).
- Ouvrir un compte bancaire dédié à l’activité, obligatoire dès que le chiffre d’affaires dépasse un certain seuil annuel pendant deux années consécutives.
Pour les livreurs à vélo, aucune condition de permis ni d’assurance véhicule n’est requise. Les livreurs en scooter ou en voiture doivent fournir un permis de conduire valide et une attestation d’assurance couvrant l’usage professionnel du véhicule.
Le choix du statut n’a rien de définitif. On peut démarrer en micro-entreprise pour tester l’activité pendant quelques mois, puis basculer vers un régime réel ou une société si le volume de courses le justifie. La micro-entreprise reste le point d’entrée le plus adapté pour commencer à livrer rapidement, avec un minimum de formalités et de coûts fixes. Le statut auto-entrepreneur n’est pas le seul possible, mais c’est celui qui permet de rouler le plus vite.

