Depuis février 2025, le règlement (UE) 2024/1689, plus connu sous le nom d’AI Act, impose aux organisations de prendre des mesures pour favoriser la littératie en IA de leurs salariés. Cette obligation couvre aussi les équipes métiers qui utilisent des fonctions IA intégrées à des outils de reporting ou de business intelligence. Former au plan bi connexion, c’est-à-dire à l’articulation entre sources de données et tableaux de bord, devient un sujet de conformité autant que de performance opérationnelle.
Obligation légale de littératie IA : ce que l’AI Act change pour la formation métier
L’article 4 du règlement (UE) 2024/1689 ne cible pas uniquement les systèmes d’IA à haut risque. Une équipe commerciale qui interroge un chatbot ou un service RH qui exploite des rapports augmentés par l’IA entre dans le périmètre. L’obligation porte sur la documentation de mesures de formation adaptées aux rôles, pas sur l’atteinte d’un niveau technique uniforme.
Le Digital Omnibus adopté en 2026 a d’ailleurs assoupli le libellé : on passe d’une obligation d’assurer un niveau suffisant de littératie à une obligation de soutenir le développement de cette littératie. En pratique, cela signifie qu’une entreprise doit prouver qu’elle a mis en place un parcours, pas que chaque utilisateur maîtrise le langage DAX ou la modélisation relationnelle.
Ce cadre réglementaire donne un argument budgétaire concret aux responsables formation. Il légitime aussi une approche pédagogique centrée sur les gestes métier plutôt que sur la technique pure.

Plan bi connexion : traduire le concept en langage métier
Le terme « plan bi connexion » désigne la manière dont un outil de BI relie deux sources de données distinctes pour produire un rapport consolidé. En jargon technique, on parle de modèle de données, de relations entre tables, de clés primaires. Pour une équipe métier, rien de tout cela n’a de sens immédiat.
La traduction qui fonctionne sur le terrain part d’une analogie opérationnelle. Un plan bi connexion, c’est le lien entre deux fichiers que l’équipe utilise déjà : le fichier clients et le fichier commandes, le tableau des effectifs et celui des absences. Relier deux fichiers pour obtenir un seul rapport lisible, voilà ce que le plan bi connexion produit.
Ce qu’il faut nommer et ce qu’il faut taire
Lors d’une session de formation, certains termes techniques peuvent être remplacés sans perte de sens. « Relation un-à-plusieurs » devient « un client peut avoir plusieurs commandes ». « Table de faits » devient « le tableau qui contient les lignes de détail ».
En revanche, certains mots méritent d’être introduits progressivement parce qu’ils apparaissent dans l’interface de l’outil. Si Power BI affiche « Connexion » ou « Relation » dans son menu, l’équipe doit reconnaître ces termes pour ne pas bloquer. Former sans jargon ne signifie pas supprimer tout vocabulaire technique, mais choisir les mots qui apparaissent à l’écran et écarter ceux qui n’y figurent pas.
Parcours de formation métier : structurer la montée en compétence sans surcharge
Les retours terrain divergent sur la durée idéale d’un parcours de formation BI pour des utilisateurs non techniques. Les données disponibles ne permettent pas de fixer un standard universel. Ce qui ressort des pratiques documentées, c’est l’efficacité d’un découpage en paliers courts rattachés à des objectifs métier concrets.
Trois paliers opérationnels
- Palier 1 : lire un rapport existant, comprendre d’où viennent les données affichées, identifier quelle source alimente quel visuel. Aucune manipulation technique requise, uniquement de la lecture active.
- Palier 2 : modifier un filtre, croiser deux dimensions dans un tableau de bord préconfiguré, repérer une incohérence entre deux sources connectées. L’utilisateur agit dans un cadre balisé.
- Palier 3 : connecter une nouvelle source de données simple (un fichier Excel, un export CSV) à un rapport existant en suivant une procédure documentée. C’est à ce stade que la notion de plan bi connexion prend tout son sens pratique.
Chaque palier correspond à un objectif métier vérifiable : « je sais expliquer à mon manager d’où vient ce chiffre » au palier 1, « je sais ajuster le périmètre d’un rapport » au palier 2.
Documenter pour prouver la conformité
L’AI Act demande de documenter les mesures de formation et de sensibilisation. Un simple tableau de suivi par collaborateur, avec la date de chaque palier validé et le contenu abordé, suffit à constituer une trace. Les organisations n’ont pas besoin d’un LMS sophistiqué pour répondre à cette exigence.

Erreurs fréquentes dans la formation BI des équipes métiers
La première erreur consiste à proposer un parcours identique à tous les profils. Un contrôleur de gestion qui manipule des données quotidiennement n’a pas les mêmes besoins qu’un responsable marketing qui consulte un tableau de bord une fois par semaine. Mapper les rôles aux besoins de formation évite de perdre du temps et de démotiver les participants.
La deuxième erreur est de commencer par l’outil plutôt que par le besoin. Ouvrir Power BI dès la première minute de formation, c’est confronter l’équipe à une interface qu’elle ne sait pas lire. Commencer par le besoin métier (quel rapport, pour quelle décision, avec quelles données) ancre l’apprentissage dans le quotidien.
- Ne pas former sur des jeux de données fictifs : utiliser les vrais fichiers de l’équipe, même simplifiés, pour que chaque exercice ait un écho concret.
- Ne pas concentrer la formation sur une seule journée : des sessions de 45 minutes à une semaine d’intervalle laissent le temps d’expérimenter entre deux séances.
- Ne pas négliger le support post-formation : une personne référente dans l’équipe, capable de répondre aux questions simples, réduit le taux d’abandon.
Mesurer l’adoption réelle du plan bi connexion après la formation
Le nombre de connexions à l’outil ne suffit pas comme indicateur. Un utilisateur peut se connecter chaque jour sans jamais exploiter les connexions entre sources. Un indicateur plus fiable est le nombre de rapports créés ou modifiés par des profils métiers sur une période donnée.
Un autre signal utile : la diminution des demandes adressées à l’équipe data pour des rapports standards. Si les équipes métiers produisent elles-mêmes leurs rapports hebdomadaires, le plan bi connexion est compris et utilisé.
L’objectif final n’est pas de transformer chaque collaborateur en analyste. C’est de réduire la dépendance aux profils techniques pour les tâches récurrentes de reporting, tout en respectant le cadre posé par le règlement européen sur la littératie IA.

